Elle... flottait. En chemise de nuit, à un demi-kilomètre du sol. Ce qui a priori n'était pas une situation tout à fait... normale.
Tara déglutit, agita un peu les pieds, et à son grand soulagement ne tomba pas.
D'accord.
Elle était en train de faire un songe pour le moins bizarre. Elle rêvait qu'elle volait au-dessus... d'une autoroute! Soudain, à sa grande frayeur, elle plongea et survola une puissante limousine noire, se déplaçant sans effort à la même vitesse. Il faisait nuit et la lune illuminait paisiblement les villes et villages endormis du Sud-Ouest de la France. A l'intérieur de la voiture, quatre formes sombres restaient calmes, prudemment respectueuses du silence de la cinquième. Qui éclata soudain de rire, les faisant tressaillir.
- Enfin! jubila l'homme. Quel honneur et quel plaisir d'être celui qui va détruire la puissante Isabella Duncan! nous serons à Tagon dans quelques heures. Nous attaquerons la nuit prochaine. Tenez-vous prêts!
Tara sursauta. Isabella Duncan? Sa grand-mère? Elle lutta pour se réveiller, vaguement consciente du terrible danger émanant de la voiture noire, mais déjà le rêve se dilatait, emportant la dormeuse vers d'autres rivages.
Tandis que Tara se retournait dans son lit, la grosse voiture dévorait les kilomètres, s'approchant un peu plus du village de Tagon à chaque tour de roues. Et le chuintement des pneus sur l'asphalte murmurait...bientôt, bientôt, bientôt...
La pie était en retard. Un instant, elle jacassa sa frustration. Ses yeux dorés cerclés de rouge brillèrent d'un éclat malveillant. Tara avait encore échappé à sa surveillance. Inquiète, elle scruta le petit village de Tagon qui défilait sous ses ailes blanc et noir. Si elle ne la retrouvait pas au plus vite, elle risquait de terminer en poulet grillé...et ça, elle préférait éviter autant que possible.
Soudain, elle plongea. Ouf! Sauvée. Elle venait enfin d'apercevoir Tara, petite silhouette courant dans les champs. La jeune fille ouvrit vivement la porte d'une grange et se faufila à l'intérieur. La pie pesta. Flûte! Comment faire maintenant? Elle fit deux fois le tour de la grange avant d'aviser celui qui poursuivait Tara. Il pénétra lui aussi dans la grange... et l'oiseau en profita pour le suivre, se perchant sur la plus grosse poutre. Parfait. De là, elle pourrait voir toute la scène. Etendant ses ailes, elle s'installa confortablement.
Dissimulée derrière une grosse botte de foin, Tara retenait sa respiration. Son poursuivant pouvait arriver d'un instant à l'autre.
Un craquement dans la vieille grange l'avertit: il était là. Il était entré! Elle se blottit un peu plus au milieu de la paille, jugulant avec angoisse un début d'éternuement.
Soudain un ricanement sourd la fit sursauter.
- Je sais que tu es là, Tara, fit une voix sinistre. Je sens que tu es là! Je vais enfin t'attraper!
Au-dessus de la scène, la pie retint un ricanement narquois. Bien. Elle était aux premières loges pour le dénouement.
Celui qui venait de parler n'avait pas encore localisé la jeune fille. Ses vêtements clairs la dissimulaient suffisamment bien pour qu'elle passe inaperçue.
Tara le vit tourner les talons, prêt à renoncer, quand un mulot décida d'escalader sa chaussure gauche. Si la souris émit un discret petit "iiiiik" quand elle réalisa que la montagne qu'elle escaladait était vivante, le "Aaaaaahhh" de Tara retentit dans toute la grange. Elle jaillit du foin comme un missile... pour tomber droit dans les bras de celui qui était à ses trousses.
Se voyant prise au piège, sa réaction fut purement instinctive. L'attaquant s'envola à trois mètres du sol, et resta suspendu dans les airs, la tête en bas, agitant vainement bras et jambes.
Un hurlement de protestation jaillit:
- Tara! Tu avais promis!
- C'est de ta faute, protesta Tara avec une absolue mauvaise foi. Tu m'as fait peur!
- Ben, c'était un peu le but! chuchota une voix derrière elle, la faisant sursauter.
- Betty! s'exclama Tara, surprise, ça va pas d'arriver sans prévenir? J'ai failli faire une crise cardiaque.
La corpulente jeune fille brune sourit. Elle se déplaçait comme un chat, avec une étonnante légèreté pour sa masse.
- Tara! hurla Fabrice, toujours coincé dans les airs, fais-moi redescendre!
Tara attrapa l'étrange mèche blanche qui tranchait dans la masse de ses cheveux dorés et la mordilla sauvagement.
- Euuh, le problème c'est que je ne sais pas comment.
- Comment ça, tu ne sais pas comment? cria Fabrice, paniqué, repoussant ses cheveux blonds qui lui tombaient dans les yeux. Je veux redescendre! Fais quelque chose!
La jeune fille se concentra de toutes ses forces, agita les mains, fronça les sourcils, retint sa respiration, plissa ses yeux bleu foncé et... il ne se passa rien.
Betty retenait vaillamment son fou rire naissant, essayant d'envisager toutes les solutions.
Tara se tourna vers elle, complètement paniquée.
- Qu'est-ce qu'on va faire? Je n'arrive même pas à le faire bouger!
Au-dessus d'elle, la pie n'avait plus du tout envie de rire. Ses yeux avaient failli lui sortir de la tête quand elle avait vu Tara soulever son adversaire. Par Demiderus, mais la petite avait le don! Aïe aïe aïe. Aolrs là les complications s'annonçaient. Et les deux autres avaient l'air parfaitement au courant!
Fabrice cessa de gigoter, se contentant de flotter, foudroyant Tara de ses yeux noirs, dont les cils à la longueur inattendue rendaient les filles du petit village de Tagon à moitié hystériques.
- Tara, dit calmement Betty, essaie de te souvenir. Qu'est-ce que tu as ressenti quand tu l'as repoussé?
La jeune fille réfléchit.
- De la peur. De la colère...et un peu d'indignation contre la souris qui m'a confondue avec une botte de foin.
- Bon, s'exclama Fabrice, et si je te dis que tu dois me faire redescendre vite fait parce que sinon tout le monde va découvrir ton don et que tu vas finir comme une grenouille sur une table de dissection, qu'est-ce que tu me réponds?
- Je te réponds que je n'ai toujours pas la moindre idée de la façon dont je dois m'y prendre, répondit Tara en serrant les dents.
Betty secoua sa tête brune et bouclée et désigna une corde soigneusement enroulée qui pendait à un clou.
- Et si on utilisait cette corde? Il suffirait de rapprocher Fabrice de la mezzanine. Il n'est pas très loin.
En effet, Fabrice flottait à quelques centimètres du premier étage de la grange, là où les métayers de son père stockaient les sacs de grain.
- Tu as raison, répondit Tara. Essayons de le tirer jusque là.
Elles attrapèrent la corde et, après plusieurs essais, parvinrent à la lancer à Fabrice qui la noua autour de sa taille. Puis, avec beaucoup de précautions, elles le remorquèrent jusqu'à la mezzanine. A peine eut-il touché le bois qu'il retrouva tout son poids. Ne s'y attendant pas, il manqua de dégringoler. Il descendit à toute vitesse, se planta devant Tara, qui, gênée, machouillait énergiquement sa pauvre mèche blanche et s'écria:
- Bon, reprenons au commencement. Qu'est-ce qu'on avait dit au début du jeu?
- Pas de lévitation, pas de télékinésie, rien du tout, récita Tara sagement.
- Ôte-moi d'un doute. Moi, flottant à trois mètres du sol, c'était quoi?
- De la lévitation, indéniablement, gloussa Betty.
- Ecoute, Tara, reprit Fabrice en essayant de garder un ton raisonnable. Quand tu as découvert que tu étais une sorte de mutante et que tu nous en a parlé, on a tous juré de garder le secret. Mais à chaque fois que tu as utilisé ton don, on a eu des problèmes. Comme cette fameuse fois où tu as démoli l'autre grange et bousillé le tracteur.
- C'était pas de ma faute, grommela Tara, et puis c'était toi qui conduisais le tracteur!
- Ouais, et c'est moi qui me suis fait punir. Je veux bien qu'on fasse des tests pour comprendre ce qu'il t'arrive, mais pas quand on joue.
Au bord des larmes, Tara se laissa glisser à terre.
- Je ne sais plus quoi faire! gémit-elle. Je ne veux pas être différente. Je ne veux pas de ce fichu don, et surtout je ne veux pas faire s'envoler les gens dès que j'ai peur!
Fabrice décida de la calmer.
- Arrête, il est génial ton don. Bon, pour le moment, il ne t'obéit pas des masses. Mais ça va changer. Ecoute, je te propose des séances d'entraînement tous les jours. Les vacances se terminent dans deux semaines. Si d'ici là on se rend compte qu'il n'y a rien à faire, alors on ira voir ta grand-mère... et on lui avouera tout!
- Jamais! répondit sauvagement Tara. Elle est bien la dernière personne à qui je veux en parler.
- Pourquoi? demanda Fabrice, interloqué par la colère de la jeune fille.
- Tu connais Brutus?
- Pascal Gentard, la grosse brute? Bien sûr, il a essayé de m'intimider, mais comme je suis aussi grand que lui il a fini par me fiche la paix. Pourquoi?
- C'était en CM1. Un de ses grands plaisirs c'était de couper les cheveux des filles. Alors tu penses bien, avec ma natte, il n'a pas pu résister.
- Et alors? demanda Fabrice, fasciné.
- Alors, dès que j'ai senti qu'on m'attrapait mes cheveux, je me suis retournée et je l'ai poussé.
- Non! fit Fabrice. Comme moi tout à l'heure?
- Pas tout à fait. Mon don était moins puissant, je n'avais que neuf ans. Mais il s'est tout de même retrouvé sur les fesses à deux mètres de moi.
- Oooh, je comprends maintenant! réalisa soudain Fabrice, hilare. C'est pour ça qu'il te regarde toujours comme si tu allais te transformer en monstre baveux et le dévorer tout cru!
- Ouais, le problème c'est que j'ai été punie pour " brutalité inutile envers un camarade ".
- Aïe, sympathisa Fabrice. Et alors?
- Et je suis allée voir Grand-mère pour qu'elle signe ma punition... et surtout pour lui expliquer ce qui m'était arrivé.
- Et bien sûr elle n'a pas écouté Tara! termina Betty qui était au courant de toute l'histoire.
- Elle m'a punie pour m'être battue, reprit tristement Tara, et elle n'a pas écouté toutes mes explications. Depuis je me suis juré qu'elle serait la dernière au courant pour mon don.
- Alors on ira voir mon père, décréta Fabrice. Lui saura quoi faire! Enfin si d'ici là on n'arrive pas à t'aider! En attendant, rentrons au Château, je n'ai pas envie qu'une autre de tes frayeurs fasse s'écrouler aussi cette grange. Si on continue à démolir tous ses bâtiments, mon père va finir par avoir des doutes!
La pie lissa ses ailes, réfléchissant intensément. Ainsi Tara connaissait son don depuis qu'elle avait neuf ans! La petite cachottière. Elle avait remarquablement dissimulé son pouvoir malgré son jeune âge. Bon. Il était temps d'aller faire son rapport. Elle en connaissait une qui n'allait pas apprécier! Gloussant à l'idée de la surprise qu'elle allait lui faire, elle prit son envol et sortit discrètement de la grange.
Après avoir avalé un copieux goûter, Tara et Betty quittèrent le Château du comte de Besois-Giron, le père de Fabrice. Lentement, elles se dirigèrent vers le vieux manoir aux pierres roses où Tara et Isabella, sa grand-mère, s'étaient installées à la mort des parents de la jeune fille.
- Comment ça va avec ta grand-mère? demanda Betty.
- Comme d'habitude, soupira Tara. Elle ne s'intéresse qu'à mes notes. Si elles sont bonnes, il n'y a pas de commentaires, si elles sont mauvaises, elle râle. C'est la seule communication que nous ayons.
- Aïe, grimaça Betty, c'est pas génial. Et tu as réussi à la faire parler de tes parents?
- Rien à faire! répondit amèrement Tara. A chacune de mes tentatives, elle se ferme comme une huître. " Ils sont morts ", me répond-elle toujours. " Ils sont morts à cause d'un virus qui les a tués alors qu'ils faisaient des recherches archéologiques dans la jungle amazonienne ".Et c'est tout ce que j'arrive à obtenir. Quand je lui ai dit que j'envisageais de devenir biologiste pour traquer et détruire les virus, tu sais ce qu'elle m'a répondu?
- Non.
- Elle m'a juste dit qu'il allait falloir que je cravache en maths si je voulais faire une carrière scientifique!
- Oh!
Là, Betty était à court d'arguments. Triste pour son amie, elle la laissa devant la porte du parc entourant le manoir.
Curieusement, cette discussion avait fait du bien à Tara. Optimiste, elle décida d'avoir une autre conversation avec son implacable grand-mère et s'élança vers la partie du manoir qui lui était réservée.
Derrière elle, la pie vola jusqu'à une fenêtre ouverte, et se faufila à l'intérieur. Elle négocia habilement le virage, avant de pénétrer dans la salle de gymnastique où une jeune femme exécutait des mouvements d'attaque à mains nues sur un mannequin à une vitesse étourdissante. Celle-ci leva ses yeux noisette vers la pie, qui se mit à gesticuler et à faire de grands mouvements avec les ailes, comme si elle expliquait quelque chose. Et ce que la jeune femme entendait dut la surprendre, car elle sursauta et posa sa main sur sa bouche pour étouffer unhoquet de surprise, juste au moment où Tara passait en trombe devant la salle. En courant, elle glissa sur le marbre blanc et noir du couloir, se rétablit de justesse dans le petit salon jaune et déboucha dans le bureau de sa grand-mère.
Par chance, Isabella était seule dans la grande pièce aux boiseries claires où se bousculaient d'habitude des visiteurs venus des quatre coins du monde.
Quand Tara fit irruption dans son sanctuaire, elle était en train de consulter un livre dont elle rabattit vivement la couverture. La jeune fille eut juste le temps d'en apercevoir le titre, Pandemonium Demonicus, avant qu'elle ne le range. Grande, les cheveux d'un argent très pur, Isabella avait des yeux verts de chat, et le visage peu marqué malgré son âge.
- Eh bien! s'exclama-t-elle, en voilà des façons, Tara'tylanhnem! Je t'ai déjà demandé d'éviter de courir dans le manoir!
Tara grimaça. Elle détestait quand sa grand-mère utilisait son prénom si bizarre... qu'elle avait d'ailleurs soigneusement caché à ses amis.
- Pardon, Grand-mère, je peux te parler? C'est à propos de mon ami Fabrice.
- Je n'ai pas beaucoup de temps mon enfant, mais je t'écoute. Que s'est-il passé? Vous vous êtes disputés?
- Non, non, je ne t'aurais pas dérangée pour ça. En fait nous discutions de nos parents. Tu sais que sa mère est morte et qu'il vit seul au Château avec son père.
- Oui. Je sais.
- Eh bien son père lui parle tout le temps de sa mère, alors que toi, tu ne parles jamais de mes parents. Ca me fait mal de ne pas savoir. J'ai l'impression que tu me caches quelque chose.
Sa grand-mère sembla retenir sa respiration. Tara n'en était pas tout à fait sûre jusqu'au moment oùelle remarqua qu'Isabella serrait le bord de la table si fort que ses phalanges en étaient blanches.
Pourtant la voix de sa grand-mère parut tout à fait paisible quand elle répondit froidement:
- Je n'ai rien à cacher, Tara'tylanhnem.
- Alors pourquoi refuses-tu d'en discuter avec moi? A chaque fois que j'aborde le sujet, tu m'envoies dans ma chambre ou tu trouves quelque chose pour détourner mon attention. C'est chi... pénible à la fin! Je n'ai plus quatre ans!
Isabella fit un effort presque douloureux pour lâcher la table. Elle plia les doigts, puis tapota pensivement le plateau magnifiquement marqueté quand Tara remarqua avec surprise que ses doigts avaient laissé comme une... brûlure sur le bois. Mais à peine quelques secondes plus tard, celle-ci avait disparu.
Elle reporta son attention sur sa grand-mère.
- Tu n'as que douze ans, Tara'tylanhnem, reprit Isabella, et je n'ai pas à discuter avec toi de ce que je dois ou ne dois pas te dire.
Mais Tara avait hérité de sa grand-mère d'un entêtement au moins égal.
- pourquoi? C'était ta fille bien sûr, mais c'était ma mère aussi. Je n'ai d'elle que quelques photos et aucun souvenir. Pourquoi ne veux-tu pas partager les tiens avec moi?
Isabella prit une profonde inspiration, sentant de nouveau le vieux chagrin l'envahir. Tara'tylanhnem ressemblait tellement à sa fille bien-aimée! Elle avait la même ligne volontaire du menton, le même nez droit et le front intelligent. Et de son père, elle tenait cette masse de cheveux dorés marqués d'une mèche blanche si caractéristique, et surtout ces yeux d'un bleu marine si particulier. C'était plus fort qu'elle. Haque fois qu'elle la voyait, elle souffrait et la souffrance chassait la tendresse qu'elle éprouvait pour sa petite-fille, ne laissant que le devoir, les responsabilités... et la douleur de l'exil.
- Je n'ai pas à te donner d'explication, dit-elle froidement. Va dans ta chambre.
Tara sentit la frustration l'envahir. Les milliers de questions qu'elle avait à poser se pressaient sur ses lèvres. Pourquoi portait-elle le même nom de famille que sa grand-mère alors que ses parents étaient mariés? Pourquoi Isabella ne voulait-elle pas en parler? Pourquoi ses parents n'avaient-ils pas de tombe? Et quel était le mystérieux métier de sa grand-mère?
Tara avait vu les mallettes pleines de dollars et d'euros. Depuis la fenêtre de la bibliothèque, elle avait non seulement aperçu les paysans et les notables, mais aussi les grandes limousines et les escortes, les gardes du corps méfiants et les bosses des revolvers mal cachés. Et sa grand-mère était souvent absente.
Deux jeunes filles du village venaient tous les jours faire le ménage, et en dehors de Tara et de sa grand-mère, trois autres personnes vivaient au manoir: Deria, Tachil et Mangus. Deria, jolie jeune femme qui ne quittait pas Tara d'une semelle, lui donnait parfois la curieuse impression qu'elle était là pour la protéger. De la ravissante Deria émanait une curieuse aura de... sauvagerie. Elle était comme un chat, constamment sur le qui-vive. Il était impossible de la surprendre (et ce n'était pas faute d'avoir essayé!), ou même de la déséquilibrer. Tara l'avait vue s'entraîner et soulever sans effort des poids qui faisaient gimacer Tachil. Ce dernier, grand, maigre, toujours en train de sculpter des morceaux de bois qui commençaient sérieusement à envahir la grande maison, était chargé du jardin qu'il embellissait sans cesse avec un soin maniaque. Et Mangus, petit, plutôt gros et presque chauve, qui trouvait la vie belle et riait sans cesse, s'occupait de la cuisine où il préparait des plats parfois renversants. Si Betty et Fabrice trouvaient bizarre que le jardinier et le cuisinier vivent avec elle, Tara s'y était habituée. Au point qu'ils lui auraient terriblement manqué s'ils avaient dû partir un jour.
Elle entendit un bruissement derrière elle. Deria rentrait de sa démarche féline, sa pie apprivoisée sur l'épaule, et annonçait le visiteur suivant. Tara sentit que sa grand-mère était soulagée de mettre fin à leur discussion. Ce qui l'agaça.
- Je suis désolée Tara'tylanhnem, je dois recevoir ce monsieur. Va, mon enfant, à toute à l'heure.
Tara comprit qu'il était inutile d'insister. Elle haussa les épaules et sortit en traînant les pieds. Elle monta dans sa chambre et sauta sur son lit.